# 3 – « Marine, un prénom qui n’est pas un nom » Chronique du Dr JY Chauve / Vendée Globe

Chronique santé du Dr Jean-Yves Chauve médecin du Vendée Globe
« Marine, un prénom qui n’est pas un nom »

À la question posée il y a quelques années par un grand chanteur à frange blonde – Où sont les femmes ? – Jean-Yves Chauve, le médecin de course du Vendée Globe, répond qu’elles sont là. Et bien là. 

« Le monde de la mer est un monde d’hommes, un monde un tant soit peu misogyne. Car celles et ceux qui naviguent par profession ou par passion sont tous qualifiés de marins. Le féminin n’y a pas sa place. On ne dit pas une « marine », n’est-ce pas ? Et si l’on parle de matelote, c’est d’abord d’une recette de cuisine.

Les marins le racontent dans leurs chants. Pour eux, les femmes ont toujours été reléguées à terre, toutes justes bonnes à assouvir des ardeurs éphémères. On en rêvait à la manœuvre ou dans le poste d’équipage, avec la nostalgie d’histoires d’amour sans cesse ressassées qui se terminaient toujours mal.

Certaines, pourtant, réussirent à devenir capitaine et pirate. Déguisées en hommes et cachant tout signe de féminité, elles écumèrent les eaux des océans du globe. Une des plus célèbres fut Mary Read qui, dans les Caraïbes, capturait les navires marchands au grand dam de la marine britannique. La légende dit qu’elle se déshabillait devant les otages qu’elle allait tuer, histoire de leur montrer qu’une femme était aussi capable qu’un homme. Elle y rencontra une autre travestie, Anne Bonny, mais l’histoire ne dit rien de leurs aventures. Peut-être en saura-t-on un peu plus dans un prochain épisode de « Pirates des Caraïbes » ?

Au fil des siècles, le monde de la mer n’a fait que caricaturer le schéma traditionnel. Les hommes conquérants pour nourrir et défendre, des femmes protectrices pour procréer et élever. Bien sûr, ces schémas sont simplistes et réducteurs, mais ils font référence à ce que l’on considère comme une programmation génétique et un comportement conforme à des règles morales. Pour en affirmer la réalité, certains citent souvent l’exemple du ballon. Lorsqu’on le pose à terre, les garçons shootent, les filles le ramassent et le serrent contre leur cœur.

Au Vendée Globe, les filles savent aussi shooter. Car la course au large est la seule, avec l’équitation, à considérer qu’elles peuvent se battre à égalité avec les hommes. Elles furent 7 à relever le défi au cours des éditions précédentes. Il faut les citer : Isabelle Autissier, Catherine Chabaud, Ellen MacArthur, Anne Liardet, Karen Leibovici, Dee Caffari et Sam Davies. Sam est la première à revenir sur la course aux côtés de 5 autres prétendantes : Isabelle Joschke, Clarisse Cremer, Alexia Barrier, Miranda Merron et Pip Hare.

Cette course autour du monde est une épreuve de très haut niveau et encore plus dure sur le plan physique pour celles qui osent s’y frotter. Le fait est là, car malgré l’entraînement, la puissance musculaire restera toujours inférieure à celle des hommes et ce, pour plusieurs raisons :

– Pour fonctionner nos muscles ont besoin d’oxygène. Son transport par le sang est, pour de pures raisons physiologiques, est 20% plus efficace chez l’homme en particulier grâce à la testostérone, l’hormone du mâle. D’où une meilleure activité musculaire que ce soit dans les épreuves de force ou d’endurance.

– La fréquence cardiaque maximale est plus élevée et plus rapidement atteinte chez les féminines, ce qui limite leur capacité à faire un effort violent.

– Malgré l’entraînement, la masse musculaire est toujours inférieure, au mieux d’environ 7%. On peut y ajouter une taille généralement plus réduite, ce qui est plutôt un avantage dans une cabine de faible hauteur. De plus, un centre de gravité plus bas limite les déséquilibres. Des points positifs.

Tout cela, elles le savent et ont surtout trouvé des solutions pour contourner ce déficit. Par exemple : Puisque les muscles des bras sont plus faibles, pourquoi ne pas utiliser les muscles des cuisses plus développés ? D’où l’idée d’Isabelle Joschke d’utiliser un pédalier de vélo pour border les voiles à la force de ses jambes.

Mais le physique n’est pas l’essentiel car la course au large exige des compétences dans tous les domaines, que ce soit dans la stratégie, la gestion du bateau, ou tout simplement dans la manière d’aborder la course.

Ainsi l’anticipation. Imaginez, le grain arrive, mais vous l’avez repéré, c’est un méchant, celui-là. Ne pas attendre qu’il frappe pour réduire la toile, sinon c’est l’affrontement qui peut vous amener à la limite de vos forces avec de la casse à la clé. A terme, cette esquive est une économie non seulement pour le corps, mais aussi pour la machine. La course est longue et l’adage est connu : « Qui veut aller loin ménage sa monture ».

Ce jour-là, dans ce froid des Quarantièmes Rugissants, vous vous sentez un peu lasse, mais vous savez que vous allez tenir, patiente et déterminée, malgré ces contraintes et ces fatigues intimes que les hommes ont la chance d’ignorer.

À la lumière de ces lignes, on pourrait se dire qu’un marin au féminin n’a aucune chance de gagner le Vendée Globe. Ce serait une erreur. D’abord parce que cette course ne se gagne pas au muscle mais bien à la stratégie. À ce jeu intellectuel, le match se court à armes égales. Lors de l’édition de l’année 2000, Ellen MacArthur boucle la boucle sur les talons de Michel Desjoyeaux, illustration parfaite de cette dualité.

Sur le plan psychologique, l’endurance, l’agressivité, la détermination valent largement celles de leurs adversaires masculins. Moins sujettes aux sautes d’humeur et au découragement, leur persévérance et leur sang-froid sont des atouts indéniables sur des épreuves de longue durée comme le Vendée Globe.

Mais cette persévérance n’est pas réservée à celles qui sont en mer, d’autres l’ont aussi. Leur rôle obscur mériterait plus que ces quelques lignes.

Car ce tour du monde est souvent une aventure partagée. Je le vois tous les jours ici au PC course, avec ces compagnes de skippers, investies à fond à leurs côtés, pour que leur marin puisse réaliser sa passion et son rêve, quitte à en oublier leurs propres désirs.

A l’écoute, elles vont l’être, jour et nuit, disponibles, bienveillantes pour déceler les coups au moral et redonner confiance.

Pierre angulaire du projet, discrètes et actives, elles vont, pendant ces 3 mois, garder les pieds sur terre pour assumer les tâches du quotidien, le travail, les inquiétudes des enfants et la famille, les écueils de la vie tout simplement.

Pour les 6 engagées, la confrontation d’égal à égale débute dans 5 jours. Tout au long de ces 3 mois, elles vont nous montrer que le mot marin mérite bien son féminin « .

Dr Jean-Yves Chauve

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